Une histoire du Festival de Melle

Les Amis de Saint-Savinien est une association melloise assez ancienne, puisque celle-ci a été créée en 1970, à l’initiative de M. Patrick Chatelin. Initiative heureuse, il faut le dire, puisque le but était double : aider à la réfection de l’église, et proposer une animation culturelle de grande qualité dans le Mellois. C’est ainsi que vint Paul Tortelier. Les premiers concerts furent épiques : le sol en terre battue, une estrade posée sur des bidons prêtés par l’usine Rhône Poulenc… La situation a, Dieu merci, bien évolué depuis…même s’il arrive que le chauffage manque parfois !

Depuis quarante ans, donc, contre vents et marées, le festival s’est maintenu. Plus étonnant encore, les conditions d’organisation sont restées les mêmes. Certes, une seule des fondatrices, la trésorière, fait encore partie du bureau. Mais ce sont toujours des bénévoles, passionnés de musique et prêts à consacrer de leur temps pour la faire vivre dans la nef sublime de l’église, qui organisent le festival. Toute l’activité de l’association est centrée autour de ce festival ; les temps forts : la programmation à l’automne, l’assemblée générale en janvier, la préparation des dossiers de presse (qui servent pour les articles ou les reportages dans les médias), des affiches et des dépliants en février-mars, la préparation des programmes en avril, l’organisation matérielle des concerts en mai, les formalités administratives en juin, le bilan en septembre… et c’est reparti !

Du travail, mais aussi que de joies ! que de moments de musique sublime. L’association arrive » à faire venir des artistes très réputés. Grâce à l’organisation bénévole, et bien sûr grâce à des aides des Conseils Général et Régional, du Pays Mellois, de la Communauté de Communes et de la commune de Melle, sont maintenus des tarifs assez bas pour des manifestations de cette qualité, inférieurs de 30% aux tarifs niortais, de 50% aux tarifs parisiens. Les Amis de Saint-Savinien arrivent à donner du bonheur et de l’émotion aux gens qui viennent écouter les concerts… Quelle plus belle récompense demander ?

Historique rédigé en 1995,
à l’occasion du 25ème anniversaire de l’association

L’église Saint-Savinien était dans un tel état de délabrement que certains avaient même envisagé sa destruction. C’eût été une folie !
Mais ceux qu’on qualifiait de fous ou d’originaux il y a 25 ans, c’étaient ceux qui osaient faire des concerts dans cette ruine à l’acoustique exceptionnelle. Les premiers généreux guérisseurs pour panser les blessures du temps sur cet édifice furent Paul Tortelier et Patrick Chatelin, duo remarquable entre un artiste et un mélomane averti.

Lorsqu’en 1970 il fut demandé à Paul Tortelier de venir jouer à Melle, il accepta aussitôt. L’église, qui avait servi de prison de 1801 à 1926, était bien délabrée : baies romanes bouchées, murs percés d’ouvertures garnies de gros barreaux, sol de terre battue couvert des débris des cellules carcérales démolies quelques années auparavant, voûte du chœur et coupole de la croisée du transept largement fissurées. On nivela les gravats, on les recouvrit d’un mauvais plancher, on jucha une estrade sur des fûts empruntés à l’usine voisine, on obtura quelques ouvertures et on espéra le beau temps qui fut au rendez-vous : la salle de concert était prête.

C’est ainsi qu’avec sa famille Paul Tortelier donna ce concert mémorable du 4 juin 1970 dans un Saint-Savinien ouvert à tous les vents. Ce fut le début d’une aventure musicale qui devait entraîner la rénovation de l’édifice et donner naissance en 1974, après un concert par an pendant trois ans, au Festival de Melle qui dure depuis lors. Des centaines de concerts, manifestations théâtrales, expositions ont animé les vieux murs. Le festival a reçu les plus authentiques musiciens déjà fort célèbres ou au contraire à l’orée de leur carrière. Comment citer quelques noms sans regretter aussitôt de ne pas les citer tous ?

Paul Tortelier nous a quittés le 18 décembre 1990 mais son souvenir hantera longtemps les murs de Saint-Savinien. Sans lui et sa générosité, sans Patrick Chatelin et son équipe de bénévoles dont certains poursuivent avec autant d’enthousiasme leur action, le festival n’aurait jamais existé.

Ce texte écrit en 1995 peut être repris dans les mêmes termes aujourd’hui. Il faut en revanche compléter les dates qui étaient indiquées alors :

4 juin 1970 : premier concert avec Paul Tortelier et sa famille
Décembre 1970 : création de l’association « Les Amis de Saint-Savinien ». Le président en est Patrick Chatelin
1974 : premier festival
1989 : 20 ans du festival et 75 ans de Paul Tortelier : le festival est entièrement confié à la famille Tortelier
1990 : décès de Paul Tortelier
1993 : Alain Thébault devient le président de l’association, et Hervé Joulain le parrain du festival
1997 : Marc Thouroude devient le président de l’association

Lu sur le programme de 1976

« Une toux normale a la même force qu’une note jouée mezzo forte au cor ; un mouchoir placé devant la bouche permet de la ramener au pianissimo. »

Extrait du programme de 1989, à la page du 4 juin

« Le 4 juin 1970, dans une église Saint-Savinien aux inquiétantes lézardes et aux ouvertures béantes mais garnies de gros barreaux, Paul et Maud Tortelier, juchés sur une estrade reposant sur des fûts métalliques prêtés par l’usine, attaquaient le « Concert » de Couperin. C’était le début d’une soirée mémorable et de vingt ans de musique dans ce bel édifice…mais…qui l’aurait imaginé ce soir-là ?
C’est par la même pièce que débutera le concert de ce soir, espérons qu’il s’agit d’un bon présage pour les années à venir. »

Extrait du programme de 1991

Hommage à Paul Tortelier
Paul Tortelier aurait dû être parmi nous ce soir mais pour la première fois il ne peut tenir sa promesse.
Lorsqu’en 1969 il lui fut demandé de venir jouer à Melle, il accepta aussitôt.
C’est ainsi qu’avec sa famille il donna ce concert mémorable du 4 juin 1970 dans un Saint-Savinien encore bien délabré et ouvert à tous les vents.
Depuis lors il n’avait jamais hésité à revenir chaque fois qu’on lui demandait, renonçant pour ce faire à des lieux plus connus, des salles plus prestigieuses, des publics plus nombreux, car pour lui la musique seule comptait et il lui donnait toujours le meilleur de lui-même : il travaillait constamment, même des œuvres jouées mille fois, recherchant le doigté nouveau qui lui permettrait de mieux exprimer le sentiment qu’il souhaitait faire partager au public auquel il donnait toujours une exécution venant du plus profond de lui-même. Il faisait ainsi passer son message de fraternité, d’amour et de paix. La musique était sa foi, Bach son dieu.
Lors de sa mort, la presse et la radio lui ont rendu un hommage unanime, trouvant les mots justes pour faire l’éloge non seulement du musicien, mais aussi de l’humaniste. Pour nous, habitués des concerts de Saint-Savinien, il restera celui qui nous a apporté des joies sans prix, des consolations parfois, et ce je ne sais quoi qui communiquait à l’auditeur une parcelle de son génie.
Dans nos mémoires repassent d’innombrables moments : « musique en famille » avec les Pasquier et les Fontanarosa en 1980, concerts pour les enfants des écoles, anniversaire de ses 70 ans en 1984, enfin sa dernière venue à Melle en 1989 pour les vingt ans de musique à Saint-Savinien : comment oublier l’intégrale des sonates de Beethoven qu’il partagea avec Maud et l’infatigable et merveilleuse Pau ? Comment oublier son émotion et celle du public lorsque quelques-uns de ses élèves, sortis de l’ombre du fond de la nef, vinrent lui apporter l’hommage de leur affection ?*
Julien Brunel, en 1970, traduisait parfaitement les sentiments que nous allions tous retrouver à chacun de ses concerts : « Tout yeux, tout oreilles pour ceux qui permettaient le miracle, je souhaitais qu’il n’eût plus de fin et que les applaudissements eussent toujours la force de le faire renaître. Ai-je entendu chose plus belle, plus émouvante que ce largo de Haendel qui allait terminer ces heures ? Les deux instruments qui conversaient, qui s’accordaient, séparés, réunis, égaux et parallèles et qui s’en allaient comme un homme et une femme s’en vont dans la vie côte à côte pour être, pour chanter, pour aimer, pour dormir, ou pour mourir comme on s’endort.»

Archives des programmes

Ils ont joué au festival

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